Cours de théâtre à Paris 12

Devenir comédien... dans le théâtre d'aujourd'hui

Par Jean Pol Lacombe, animateur de l'Atelier depuis septembre 2001.

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L'Atelier-Théâtre est un cours de formation du comédien(ne) ouvert au débutant comme au comédien confirmé, au pratiquant « loisir » comme à celui désirant développer sans limite sa pratique de comédien. L'exigence ne sera pas la même, mais il y aura toujours une exigence.

Cette mixité, permise par la formule pédagogique basée sur la direction d'acteur - faisant travailler immédiatement scènes et « personnages » - est enrichissante pour tous ; il est important que les comédiens aiment assister au travail de leurs collègues débutants ou non, après « être passés ». Les élèves sont évidemment « appareillés » par niveaux.

Les exercices préparent au travail des scènes. Ils sont courts, axés,
- sur le travail de la respiration, son rôle dans la concentration et la création du personnage (voir ci-dessous), son rôle dans le jeu : portage de la voix, placement dans les répliques et utilisation pour les changements de valeur émotionnelle ;
- sur l'écoute du partenaire et comment s'appuyer sur lui. L'improvisation est également utilisée mais brièvement et dans le seul but de développer l'écoute et d'apprendre à repérer et exploiter les ressorts dramatiques cachés dans les phrases les plus banales pour rebondir et faire avancer l'impro.

Les exercices de respiration ne peuvent se suffire. Le comédien exigeant doit utiliser les moments "faibles" de son quotidien pour travailler le contrôle de sa respiration (quand il attend que "ça se passe", à l'arrêt d'autobus, dans le métro, en marchant dans la rue...) et son utilisation dans ses conversations "sans enjeu" (quand ce n'est pas encore devenu un automatisme), avec ses commerçants, par exemple...

Toutes ces techniques sont ensuite rappelées et exploitées dans le travail des scènes. Seul ce travail apprend à « presser » un texte pour en faire sortir la rencontre entre un personnage et une situation,

Rencontre qui recrée une « réalité » spécifique à la scène mais qui doit apparaître « naturelle » au public.

Être comédien, ce n'est pas dire un texte, ce n'est pas "bien jouer", c'est créer un personnage, tout simplement. Mais ce "tout simplement", c'est devenir quelqu'un que l'on n'est pas, construit à partir de ce que l'on est. Il ne peut donc pas y avoir fusion entre le comédien et le personnage, si l'on veut que le personnage ne soit pas justement un clone du comédien.

De plus, le comédien sait sur le personnage des choses que le personnage ne sait pas. Cette distance est donc une nécessité absolue et elle est un contrôle. Cela ne signifie pas, au delà de la construction du personnage et de la connaissance du texte et de la mise-en-scène, un contrôle préalable de tout ce que le personnage va faire ou comment il va dire ce qu'il va dire, ce qui serait la négation de toute spontanéité, mais cela signifie que le comédien doit toujours "savoir son corps", ce qu'il fait ou ce qu'il vient de faire, comment il a dit ce qu'il vient de dire...

Le contrôle de la respiration est le plus puissant instrument de cette conscience de soi, aussi complète qu'il est possible, pour investir le personnage de tout son corps, autrement dit pour lui éviter l'écueil de vouloir "bien jouer", de dire une réplique comme ceci ou comme cela, ce qui ramène sa conscience uniquement au niveau de la tête et le fait inévitablement sortir du personnage. C'est à partir de cette maîtrise de soi que le comédien peut se libérer et laisser une certaine "autonomie" à son personnage, en un mot, ouvrir la voie à une spontanéité du personnage plus que du comédien. Il est important d'arriver à créer cet espace de liberté du personnage.

Une des plus grandes difficultés que le débutant doit surmonter est justement de ne pas subir la loi de son corps de son phrasé, de ses rythmes, de ses intonations, que parfois il ne connaît pas, qu'il "n'entend" pas.  Il lui faut apprendre à connaître le personnage de sa propre vie, celui qui s'est construit plus ou moins à son insu et qui apparaît aux autres (en toute sincérité),  personnage qui ne peut pas être ce que l'on est dans la vérité de la solitude. Être capable sans brider sa propre spontanéité de dire autrement, de créer et enrichir une palette corporelle et vocale, est le premier enjeu de l'apprenti comédien. Apprendre à se connaître  déborde largement  le travail à l'Atelier-théâtre. Apprendre à construire un personnage et l'investir commence par une humilité, celle de devenir l'apprenti de sa propre vie. C'est un travail sans fin.

Tout ce que nous faisons partout et toujours doit être compris, donc correctement interprêté. Pour cela il faut que nous partagions les mêmes codes avec l'autre. Sur scène tout ce que fait le comédien doit être signifiant.   La direction d'acteurs de l'Atelier-Théâtre détermine les nécessités de la  relation entre les personnages et le public. 

- celle d'une gestuelle claire et signifiante ;
- celle du jeu des « regards » et des silences, quand il faut ou non regarder son partenaire, ce qu'il faut regarder et comment lorsqu'on ne regarde pas le partenaire ; pourquoi une « respiration » d'une seconde peut être trop longue, un silence de 5 secondes trop court.
- celle des déplacements : sur une scène de théâtre, un déplacement n'est qu'accessoirement - et rarement - une obligation d'aller d'un point à un autre. Tous les déplacements doivent être justifiés par une nécessité interne. Le déplacement doit exprimer cette nécessité...

Le travail des scènes ne peut se faire que dans une « interactivité » qui n'accorde au directeur d'acteur que l'autorité de sa compétence et qui stimule l'envie du comédien à apporter à son rôle et à la scène.
Les scènes sont proposées par les comédiens (avec mon aide s'ils le désirent) sans exclusive, et ne sont refusées que si elles n'ont pas d'intérêt dramatique (par exemple, scènes de transition n'ayant pas « d'existence » propre) et après avoir été « testées » afin que les comédiens se rendent compte par eux-mêmes de leur pauvreté dramatique.

Parmi les auteurs travaillés depuis 2002 : Ribes, Foissy, Molière, Marivaux, Sénèque, Racine, Corneille, O'Neil, Vera Feyder, Duringer, Hugo, Tardieu, Claudel, Anouilh, Camus, Rostang... La technique de « diseur » de texte est également abordée, avec La Fontaine, ou des textes « commun », comme un texte de patois (comment le rendre intelligible alors que les mots sont tellement déformés qu'ils ne le sont pas).

Chaque fin de saison, les élèves de l'atelier-théâtre donnent un spectacle qui présente le meilleur de leur travail. La logique de spectacle n'est pas celle du cours de formation, mais le spectacle est bien la finalité de cette formation. L'atelier ne se met donc dans une logique de spectacle qu'à partir du mois de mai.

Parallèlement, la troupe de La Camillienne-théâtre présente au moins une pièce par saison. Les comédiens viennent en majorité du vivier de l'Atelier-théâtre.

Le théâtre d'aujourd'hui ne se justifie que dans la relation que le comédien établit entre le personnage qu'il  incarne et le spectateur, ce qui implique une proximité physique entre le comédien et son spectateur. Le théâtre d'aujourd'hui doit se jouer idéalement dans des théâtres de 200 places au plus.

La Camillienne, 12 rue des Meuniers 75012, métro Porte de Charenton, 01 43 07 55 61

L'Atelier Théâtre

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