"Accalmies Passagères", une comédie de Xavier Daugreilh ne sait pas tenir en place et ne sait pas compter... En effet, dans « Accalmies Passagères », 2 fois 3 égale 4 ! Quatre personnages, mais trois couples ! Un qui vient de se défaire, un qui vient de se former et le dernier qui ignore qu'il en est un !
Chaud, chaud ce petit monde qui ne sait pas se quitter, ne sait pas oublier, ne sait pas s'aimer. Les chocs sont parfois frontaux, la tôle est toujours froissée. Ca se pique, se mord, se cherche, sans se voir ni s'entendre dans des télescopages « spatio-temporels » pour le moins incongrus sur une scène de théâtre, faisant résonner entre elles des répliques qui ne sont pourtant pas censés dialoguer.
Cette action qui s'éclate en fragments de lieux dans des unités de temps, est un défi et un régal. La mise en scène joue avec la rapidité des situations aussi instables et changeantes qu'un ciel nuageux un jour de grand vent, avec les oppositions aveugles et sourdes des personnages qui se frôlent, se cherchent sans parvenir à se rencontrer, ou, s'ils se rencontrent, détruisent allègrement ce qu'ils tentent pourtant si péniblement de construire.
« Accalmies Passagères » est une comédie explosive où rien ne se pose jamais, sauf les quatre « héros », toujours trop sûrs d'eux ou en train de se rassurer. Jusqu'au dénouement, où - ça y est - ils ont compris, se lâchent, cessent de regarder sans voir et peuvent enfin se dire : « t'as de beaux yeux, tu sais... »
L'enchaînement des scènes toutes en ellipses et tempos syncopés appelait une illustration sonore, parfois ironique, souvent tendre ou évocatrice, qui lie la sauce de ce plat aussi réjouissant que grinçant.
Jean Pol Lacombe