Molière dans tous ses états
La Camillienne aime Molière (« Le Tartuffe » deux fois, en 2002 et en 2007, « Les Femmes Savantes », en 2005). Voilà un amour qui n’est pas très original. Molière, lui, aimait le genre humain même s’il avait « l’amour vache ». Il se régalait de bourgeois bien épais, garnis qu’ils étaient de bons pot-au-feu, de servantes impertinentes et de ridicule, « précieux » ou non. Bref, il se régalait de tous les ingrédients qui font de bons et beaux conflits.
La galerie de personnages est bien fixée et se retrouve sous une forme ou sous une autre dans comédies et farces. À l’exception de Dom Juan bien sûr sorte d’OVNI dans le théâtre moliéresque où Sganarelle reste seul dans la tradition, celle des… servantes ; et du Misanthrope, duel sentimental où pour cette seule fois, l’amour partagé n’est pas contrarié par un père ou une mère à faire pleurer s’il ne nous faisait pas rire. Molière est un farceur. C’est aussi sa seule histoire d’amour qui finisse mal… Ces deux-là peuvent s’aimer en toute simplicité, mais la simplicité n’est pas leur fort. Chacun veut que l’autre soit à son image. N’est-ce pas à désespérer de la nature humaine. Molière n’était pas un optimiste, c’est clair et toutes ses fins heureuses pour le jeune premier et la jeune première sont de pure convention. La seule qui soit « vraie » est bien celle, amère, de cet amour entre adultes consentants pourtant raisonnables (normalement). Ce qui donnera lieu, soit dit en passant à une très brillante suite de Jacques Rampal (Célimène et le Cardinal, 1992).
Marie Cabaup (assistée de Caroline Laborde), qui prend la baguette du chef d’orchestre cette saison (ce qui ne veut pas dire seulement cette saison) sans renoncer pour autant à monter sur les planches a eu envie de rassembler toutes ces scènes pivot du théâtre de Molière, où l’on s’affronte, se fait souffrir, se déchire, se fait pleurer, en un mot où l’on se révèle : « Brouilles et embrouilles chez « Molière ». Le médecin malgré lui, l’avare, le Misanthrope, Dom Juan et le malade imaginaire leurs scènes sorties des pièces éponymes sous le bras vont se présenter devant vous, avec leurs partenaires féminines bien sûr, Martine, Célimène, Elvire, Frosine et d’autres des deux sexes.